Vrac intellectuel et frivole

L’attente

Un billet composé sous contraintes. Je ne pensais pas vous en offrir deux aujourd’hui, mais soit, je me prête au jeu proposé. Vous trouverez écho du présent texte dans les pages de http://motspourlecrire.canalblog.com , de http://frayer-monblog.blogspot.fr, de http://gregatort.wordpress.com et de http://plumechocolat.wordpress.com. L’idée a été soumise par Venise, auteure talentueuse du premier des sites énoncés. Il s’agit pour chacun de composer sur le thème de l’impatience avec une contrainte : que le billet soit court. Soit, et bien, plongeons!

 

J’ai appris très tôt l’attente. Je sais goûter le temps qui passe, voir les nuances de chaque instant. Je sais faire miennes les minutes, les heures, les années qui me séparent d’un futur espéré. Je ne connais pas l’impatience. Je goûte trop l’instant pour qu’on puisse me le voler, et l’abîmer d’un hypothétique meilleur. Lorsqu’il est plus âpre, lorsqu’il se montre furieux, alors je sais qu’il passera. Je ne suis pas pressée :il passera. Et j’aurais droit plus tard aux faveurs d’un autre, qui me comblera de ses douceurs, qui m’enveloppera de sa tendresse, qui ne me laissera plus qu’une légère fumée du mauvais moment déjà trépassé.

Regarde, toi qui t’impatientes, le temps que tu gâches à vouloir ce qui n’est pas encore, et combien ce qui sera passera alors pour toi trop vite. Prends gardes, toi qui veux sortir au plus vite de cette file d’attente, dépasser ces embouteillages, payer à la caisse, dans ton empressement, tu risques de ne pas voir le meilleur de la vie. Tu risques de ne pas entendre les mots échangés par les deux amoureux devant toi, voulant assister au même concert que toi, tu risques fort, dans ton énervement, de froisser ton carrosse, et puis, enfermé dans tes pensée, le bout de sourire de la caissière ne sera sans doute pas pour toi.

Fais tien ce qui t’entoure, mange, hume, touche, souris, goûte, respire le monde. N’attends pas mieux car rien n’est meilleur.

16 octobre, 2013 à 21 h 02 min


9 Commentaires pour “L’attente”


  1. venise écrit:

    Merci d’avoir joué le jeu :) j’adore découvrir vos textes, comment le thème vous a inspiré. Je ne suis qu’impatience, il était facile pour moi de la décrire. Et pourtant je peux être très patiente lorsqu’il s’agit d’attendre dans les embouteillages par exemple. je sais attendre pour ce qui en vaut la peine :)
    J’aime ta philosophie de la vie et ta façon de savourer le bonheur des instants qui passent <3 bisous la belle

    Répondre

  2. Gregatort écrit:

    Toi que je devine parfois, pourtant, impatiente, je veux croire que ces minutes où tu n’y tiens plus, tu utilises cette énergie pour nourrir des rêves d’un après plus doux.
    L’impatience, cette fille d’anticipation, c’est aussi le tisonnier rougi par les flammes de nos passions qui nous permet parfois d’avancer plus intensément vers nos objectif…
    Rien n’est blanc, rien n’est noir… tout est immaculé, tout est geai

    Répondre

  3. Frayer écrit:

    Le rapport au temps et à la vie… Profiter de l’instant qui est et non de ce qui pourrait être. Oui, mille fois oui! Parfois c’est l’anticipation de ce qui va être qui enveloppe tout. Moi qui te connais peu, j’ai l’impression que cette vie qui vibrionne en toi jaillit parfois dans une énergie qui pourrait être qualifiée d’impatiente? ;-)
    J’aime ton texte

    Répondre

  4. plumechocolar écrit:

    Merci pour tes deux textes du jour, tout en émotions et en subtiles nuances, de l’automne, ses goûts et ses odeurs, à la vue et l’ouïe de ce qui nous entoure lorsque l’on est trop pressé, tu as mis mes cinq sens en éveil.

    Répondre

  5. L.......... écrit:

    Bonjour

    J’ai beaucoup apprécié votre texte sur le thème de l’impatience.

    J’ai apprécié vos écrits dans le style d’écriture et dans leur contenu. Il y a quelque chose de fort et profond dans ces lignes. En plus, elles sont remplies de positif et d’espoir lorsque vous écrivez par exemple sur « l’instant » : « Lorsqu’il est plus âpre, lorsqu’il se montre furieux, alors je sais qu’il passera. Je ne suis pas pressée : il passera. Et j’aurais droit plus tard aux faveurs d’un autre, qui me comblera de ses douceurs, qui m’enveloppera de sa tendresse, qui ne me laissera plus qu’une légère fumée du mauvais moment déjà trépassé. » : Ces phrases sont magnifiques et d’une grande originalité.

    J’ai bien aimé aussi votre phrase « Regarde, toi qui t’impatientes, le temps que tu gâches à vouloir ce qui n’est pas encore, et combien ce qui sera passera alors pour toi trop vite »
    Il est vrai que parfois on attend un évènement avec impatience et lorsqu’il arrive ça ne fait pas l’effet attendu, probablement parce qu’on en attendait trop. Ou bien ça passe si vite…Cela vous est-il arrivé d’être déçue par un moment très attendu ?

    Merci

    Une lectrice
    L……………

    Répondre

    • rienaredire écrit:

      Chère L……
      Quel plaisir de voir votre initiale apparaître de nouveau parmi les commentaires de mes billets!
      Je suis toujours émue de vous lire, et de constater que ce que j’ai pu écrire a assez de sens pour être saisi dans la globalité de mon propos.
      Vous me demandez si j’ai déjà été déçue d’un moment attendu. Je suppose que oui, mais j’ai un curieux don : je ne me souviens pas de ce qui m’a blessée, ce qui m’a déçue, ce qui m’a meurtrie. J’ai cette curieuse propension à ne jamais me souvenir des propos blessants à mon égard, à oublier les moments désagréables, ou tout du moins à n’en garder qu’une trace légère qui ne mérite pas que je revienne sur elle a posteriori. Je n’arrive pas à me nourrir de ma souffrance ou de ma peine. Il est donc bien possible que j’ai déjà vécu des déceptions dans le vécu d’un moment espéré, mais… Impossible pour moi de vous narrer lesquelles !
      Si vous m’aviez demandé quel moment espéré m’a contentée, alors, j’aurais pu vous citer pléthore d’exemples, avec forces détails sur les raisons d’en avoir joui, j’aurais pu vous vous dire comment j’avais aimé en lui-même le moment de l’attente, par la construction de celui à venir, par sa préparation, aussi agréable que son arrivée, j’aurais pu, dans les moindre détails, vous donner mon ressenti du bien être de l’instant… Impossible de faire de même pour vous parler d’un mauvais moment, où alors j’aurais dû le vivre aujourd’hui-même!
      La construction de ma pensée a cette étonnante capacité à reconnaître, à être dans la gratitude envers ce qui est bon pour ma personne, et à complètement oublier ce qui pourrait me porter atteinte. Et je savoure en cela une chance dont je sais que malheureusement trop peu d’entre nous peuvent se prévaloir.
      Alors, bien sûr, cette posture face à la vie peut être perçue comme simpliste voire manquant de profondeur. Ne retenir que le bon, c’est se construire dans un monde incomplet. Sans doute. C’est faire preuve de naïveté, de légèreté. Soit.
      C’est fort possible, en effet. Mais cette façon d’être au monde me permet de le voir en son meilleur jour. Et m’offre l’opportunité de le saisir différemment, et de goûter les plaisirs qu’il m’offre, et auxquels tous les individus sur cette planète n’ont pas forcément la chance de goûter durant leur passage.
      A me relire, je me rends compte que je vous offre là une belle digression, sans avoir répondu vraiment à votre question… J’espère que vous me pardonnerez!
      Merci encore d’être revenue par ici!
      Bien à vous,

      E.

  6. L............. écrit:

    Chère E………….

    Merci pour votre réponse enthousiaste et sympathique à l’égard de mes commentaires!

    Votre don de ne pas vous souvenir de ce qui vous a blessée, ou d’en garder une trace légère est un don fort appréciable.
    J’aimerais bien l’avoir, bien que ça commence à venir depuis quelques mois!

    Vous écrivez « Je n’arrive pas à me nourrir de ma souffrance ou de ma peine ». C’est une chance que vous n’y arriviez pas. Cela m’a trop nourrie malgré moi pendant pas mal d’années et maintenant je m’en nourrit moins, je dirais que je me suis mise volontairement à la « diète », pour rester dans votre image, mais cela a pris du temps, et seule en moi-même, car se sortir d’un conditionnement est long.
    Peut-être aussi que ce qui vous a aidée, c’est que vous n’avez pas eu trop de « galères » à gérer.

    Vous écrivez « La construction de ma pensée a cette étonnante capacité à reconnaître, à être dans la gratitude envers ce qui est bon pour ma personne, et à complètement oublier ce qui pourrait me porter atteinte. Et je savoure en cela une chance dont je sais que malheureusement trop peu d’entre nous peuvent se prévaloir. »
    Avez-vous cela inné en vous ou cela s’est « construit » avec le temps et les expériences?

    Vous écrivez « Alors, bien sûr, cette posture face à la vie peut être perçue comme simpliste voire manquant de profondeur. Ne retenir que le bon, c’est se construire dans un monde incomplet. Sans doute. C’est faire preuve de naïveté, de légèreté. Soit. »:
    C’est juste une attitude protectrice, qui vous amène la sérénité intérieure. Vous allez en profondeur dans les bons moments. tant mieux! mais il faut rester cependant les yeux ouverts sur les souffrances que la vie met sur notre chemin et ne pas les sortir de la mémoire trop vite et définitivement car souvent il y a des « leçons de vie » cachées à l’intérieur et que l’on ne voit pas sur le moment. Cela serait dommage que ces leçons de vie nous échappent. Je les vois à présent, avec le recul, je vois le positif dans le négatif et je vous assure que cette nouvelle capacité est appréciable. Je m’aperçois avec surprise que je me suis aussi « construite » avec les épreuves et qu’elles m’ont apportées bien plus que je ne croyais.

    Vous dites « A me relire, je me rends compte que je vous offre là une belle digression, sans avoir répondu vraiment à votre question…  »
    En effet, votre réponse à mon commentaire est magnifique de sens et de profondeur, elle aurait même mérité un article dédié sur votre blog tant il y a de choses à creuser. Ca n’est pas gênant que vous ne répondiez pas directement à la question, certaines questions nous amènent à des réflexions diverses qui augmentent encore plus la richesse de ces réflexions.

    Que vous inspirent mes propos?

    Je reviendrai sur votre blog, votre accueil est si chaleureux et j’apprécie souvent le style de vos écrits ainsi que le fond.

    Par ailleurs, je suis allée voir les blogs des bloggeurs qui ont écrit sur le thème de l’impatience comme vous et que vous citez au début de l’article. Je lisais depuis plusieurs mois celui de « plume chocolat » dont j’apprécie de lire les articles psychologiques et de société. Et j’ai découvert les autres blogs.
    J’ai par exemple déposé il y a peu un commentaire sur le blog de « Frayer » sur son article récent et intéressant sur la thématique de la colère, en rebondissant sur le magnifique commentaire à métaphore de « Gregatort » sur cet article. Je ne sais pas s’ils répondent aux commentaires. Merci à vous pour la découverte des blogs que vous citez, je n’ai pas fini de tous les découvrir mais c’est en cours de découverte.

    A vrai dire j’apprécie les métaphores, elles me « parlent » et j’ai remarqué que vous en faites, il y en a d’ailleurs dans votre article.

    A bientôt de vous lire…et encore merci pour votre réponse riche de sens et qui mène à d’autres réflexions enrichissantes.
    Une lectrice
    L……….

    Répondre

  7. rienaredire écrit:

    Chère L…,

    Merci à vous d’enrichir les lieux par vos commentaires pertinents et éclairés. Ils sont chaque fois source pour moi de réflexions profondes sur la vie, les rapports humains, l’esprit, le caractère, et plus encore.
    Je dois vous avouer que ma manière d’être au monde est à la fois de fait et voulue. Il est si simple de tomber dans le sombre, dans l’écoute trop prolongée de soi, de ses états d’âme, que ma posture, celle de montrer le monde beau, éclairé, source de bonheur, est intentionnelle. En cela je ne veux pas m’appesantir sur les malheurs de la vie. Bien sûr, et en cela je vous rejoins, ce qui blesse est formateur, et source d’enseignement. Et comme beaucoup d’entre nous, j’ai déjà eu mon petit bagage de souffrances. Mais je ne veux, ni ne pourrais, en faire l’étal ici. Car si ce lot, aussi dur soit-il, de tristesses, a aidé et aidera encore à la formation de ma pensée, je veux pouvoir transmettre le meilleur aux visiteurs de mes lignes.
    C’est un exercice parfois plus complexe encore, quand, comme d’autres, je suis en proie à la mélancolie ou à l’angoisse, mais qui me semble rester la meilleure des lignes de conduite. Ainsi, je dépasse mes peines et transmets ce qui devrait irradier de chacun de nous : la joie d’être en vie.
    Votre patte d’écriture et le fond de votre pensée mériteraient l’ouverture d’un blog… Quand pourrais-je enfin vous lire chez vous? ;)
    Belle journée à vous, L…, et à très bientôt, je l’espère.

    E.

    Répondre

  8. L........... écrit:

    Bonsoir et merci E……….pour votre sympathique réponse concernant mes commentaires.

    Votre réponse m’a étonnée en ce sens que je ne pensais pas que votre joie de vivre avait eu son « petit bagage de souffrances » pour vous citer. Comme quoi, c’est le lot de chacun au delà des apparences…

    Peut-être d’ailleurs que vous appréciez d’autant plus les petits bonheurs de la vie « grâce à  » ces souffrances passées et non pas « à cause d’elles ».

    Mais si un jour vous souhaitez écrire sur du négatif, vos lecteurs, lectrices doivent être aptes à tout lire, les bonnes choses comme les moins bonnes, la vie tout simplement avec ses hauts et ses bas.

    N’hésitez pas à écrire ce que vous avez envie d’écrire sans essayer de ménager vos lecteurs/lectrices de votre mélancolie ou angoisse. Car de cette mélancolie peut aussi sortir « le meilleur » pour vos lecteurs lectrices. Ils peuvent en effet s’y retrouver et voir comment vous y faites face, comment vous « gérez », cela peut être instructif de voir comment vous « gérez » les situations difficiles auxquels nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre. Et cela peut être important d’extérioriser pour vous. Et les commentaires peuvent peut-être vous apporter plus que vous ne croyez dans cette situation.

    Merci pour vos compliments concernant « ma patte d’écriture et le fond de ma pensée », cela me touche beaucoup. A vrai dire, je n’ai pas prévu d’ouvrir un blog, je me contente de déposer parfois des commentaires ici ou là. Merci tout de même pour cette suggestion.

    Je crois, à vrai dire, que le goût de l’écriture m’est venu il y a plusieurs mois, quand je me suis dis que si les sources de soucis ne changeaient pas avec les années, il fallait que je change mon « regard » sur tout cela. Je voulais aussi voir le verre « à moitié plein » au lieu de le voir « à moitié vide » et je voulais que la suite de ma vie soit faite de la sérénité intérieure qui me faisait défaut. Cela commence à porter ses fruits tout doucement. J’ai beaucoup réfléchis à tout cela, j’ai beaucoup lu aussi des livres et textes profonds et j’ai commencé à déposer des commentaires. J’ai beaucoup écrit de métaphores dans mes commentaires, par exemple en voici une sur la vie comme une promenade en barque que j’avais écrite, qu’en pensez-vous?:

    « Si je devais comparer la vie à une promenade en barque sur la mer, je dirais qu’une vie heureuse c’est une promenade-vie avec des tempêtes, avec la barque qui manque parfois de chavirer mais qui maintient le cap.
    Mais c’est aussi une promenade sur une mer d’huile, qu’on apprécie d’ailleurs d’autant plus après la tempête…
    Ce sont aussi les beaux paysages que l’on voit au cours de la promenade, les falaises magnifiques, ce sont les personnes avec nous dans la barque ou celles que l’on rencontre ponctuellement lorsqu’on accoste dans un port d’ancrage.
    Le tout est de ne pas tomber à l’eau, au cours de la longue promenade ou le cas échéant d’avoir la force de savoir nager pour remonter dans la barque, épuisé, tout mouillé mais en vie, renforcé par la prouesse de s’en être sorti, pour repartir vers d’autres horizons… »

    A bientôt de vous lire et encore merci pour votre gentillesse à mon égard et merci pour votre réponse profonde et intéressante.

    Une lectrice
    L………….

    Répondre


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>