Vrac intellectuel et frivole

Nuancier

Atomne automne automne.

Tap tap tap, le bruit plus sourd des talons aiguille sur le trottoir. Clip clap, celui des gouttes que les nuages, lourds et gris laissent choir à foison. Au loin une sirène, comme rappel de la ville. Plus près les moteurs, qui tournent tant et plus. Et la vie qui grouille dans la ville, un peu différemment.

C’est l’automne dans les sons citadins qui s’étouffent d’eux-mêmes.

Rouges, or, brunes, les feuilles qui se mélangent au sol et caressent les bottes des passantes. Gris les par-dessus, pourpres les écharpes, noires les premières mitaines aperçues. Foncé et strié le bleu du ciel. Vert le courant du fleuve.

C’est l’automne dans les teintes octobre du monde.

Chaudes et craquantes les premières châtaignes, fumés et moelleux les champignons des sous-bois, fondante et relevée à la noisette, la courge muscade qui s’offre au palais en attente.

C’est l’automne en saveurs à ta table.

Acre l’odeur de la terre humide, fougueuse celle du foyer attisé, plus lourds, les parfums qu’on arbore, plus neutres, ceux des corps emmitouflés.

C’est l’automne qui s’offre en fragrances.

Souples les étoffes dont on se pare, douces celles dont on se protège, plus sèches les mains qui touchent, surprenant le contact des peaux qui se retrouvent  et se reconnaissent encore sous ce commencement d’armure que le temps contraint à porter.

C’est l’automne qui se donne à cueillir.

Image de prévisualisation YouTube

 

16 octobre, 2013 à 13 h 45 min | Commentaires (3) | Permalien


Chut !

 

Un jour, par hasard, décidant d’aller au-delà des habitudes du tourisme urbain fait de monuments anciens, de musées calibrés, de conseils trouvés dans les guides renommés, de place to be et d’établissements recommandés, tu décideras de prendre le tramway pour l’autre monde.

Tu te laisseras porté par le tangage et le bruit des rails, et tu dépasseras le boulevard de ceinture. Ton attelage de ferraille te guidera sur des voies, posées là, à peine volontairement, au milieu des champs. En certaines saisons, ils s’inondent de coquelicots de sang et des vagues blondes de blé. En d’autres, ils ne sont plus qu’un immense édredon de sucre en poudre immaculé. Parfois, les parterres se couvrent de ces fleurs de jachère, multicolores, multiformes, et toutes plus gaies les unes que les autres. Tu seras surpris, lecteur – qui ne peut l’être ! – de passer de la ville ordonnée à cette démonstration rurale. En quelques mètres, te voilà en campagne.

Et puis, comme quelques champignons épars, ça et là, viendront se présenter à toi une usine, quelques maisons, puis un pâté de tours. Puis un autre, s’accrochant à un troisième. Un peu âgées, les habitations. Tu leur donneras, à vue de nez, une quarantaine d’années. Puis tu verras que la population de ton moyen de locomotion aura changé. Les vêtements arborés se feront plus modestes, ou plus colorés, souvent les deux. Tu verras les gens échanger, comme si tous se connaissaient. Tu seras en banlieue.

Alors, peut-être trouveras-tu le chemin de ma maison. Une petite bâtisse, prise entre deux immeubles, retenue par eux comme s’ils la réchauffaient de leur force, comme s’ils la rassuraient de leur importante taille.

Je crois en ta chance, lecteur, pour avoir alors l’occasion de te faire partager la mienne.

Une fenêtre de la bâtisse voisine donne sur mon jardin. Une fenêtre de cuisine à la vitre opaque, dissimulant des vies dont je ne connais rien. La discrétion des occupants est telle que jamais je n’ai vu leur visage, et si je les ai déjà croisés dans la rue, je ne saurai dire s’il s’agit de ces habitants dont une ouverture donne sur mon petit monde à moi.

Je connais pourtant bon nombre de mes voisins, je sais où ils vivent et lesquels habitent dans ce bâtiment, mais ceux qui pourraient être les plus proches par ce lien surprenant, cette petite fenêtre, ceux-ci, je ne les identifient pas.

Je n’en connais à vrai dire qu’une seule voix. Et quelle voix!

De ma vie je n’ai jamais rien entendu de si beau. Il arrive, par hasard, que cette voix chante. Et je prie alors toutes les divinités du monde que la fenêtre s’ouvre davantage, et que le chant ne cesse pas. C’est une voix de femme, juste et claire comme un ciel d’hiver, aussi cristalline que de l’eau pure, mais aussi suave que des lèvres qui se mordent, aussi chaude et réconfortante que le plus doux des cashmere. L’évocation seule de sa voix en ces quelques lignes et me voilà prise à la gorge par le souvenir de l’émotion qu’elle crée.

Le chant qui s’envole de la fenêtre est d’une langue qui m’est inconnue. Il est fait de douceur et de force et aucun des codes musicaux qui sont miens ne s’en approchent. Il est une rareté. Il est aussi puissant que chuchoté, il est la vie qui coule dans mon jardin. Lorsqu’il s’élève, il surprend à chaque fois, tant il est inattendu et tout à la fois inespéré. Il est ce moment de grâce absolue qui donne à penser que la vie est merveilleuse et que l’humanité, en ce qu’elle a de plus beau, peut exister dans les recoins les plus cachés.

 

Je dédie donc ce billet à cette voisine, dont j’admire chaque note, et que je remercie pour le cadeau à chaque fois apprécié à son incommensurable valeur, qu’elle ne destine sans doute pourtant qu’à elle-même.

 

 

28 septembre, 2013 à 22 h 59 min | Commentaires (1) | Permalien


Elle est belle et elle le sait.

 

Cher lecteur, permets moi de te mettre en garde. Ce billet est auto-centré, plein d’affects, sans doute indélicat et sûrement très subjectif. Ce billet, voilà longtemps qu’il trotte en moi ; les idées que je veux y inscrire fusent, partent dans tous les sens, et manquent d’unité.

Voilà quelques temps pourtant qu’il me semble évident d’aborder le sujet, si épineux et complexe soit-il pour moi. Si futile et hors d’intérêt pour d’autres sans doute.

Un dernier bref message sur Twitter m’a décidée. Il s’agissait d’une boutade comme une autre, lancée à la cantonade par un utilisateur du réseau :

« Le problème des jolies femmes, c’est que dès leur plus jeune âge, elles le comprennent. »

Je ne crois pas. Au contraire. En fait, le problème des jolies femmes c’est justement de l’être, tout autant que d’en douter.

Alors oui, tu me diras, lecteur,  qu’il y a plus dur dans la vie que d’avoir une bouche bien ourlée, un regard qui pétille, des cheveux qui brillent, des proportions corporelles harmonieuses. Tu me rétorqueras que les femmes qui sont belles savent souvent en jouer, et que c’est ceux qui les regardent qui sont pris.

Sans doute.

 

Il me faudra alors te parler de moi.

 

Je suis de ces femmes qu’on qualifie de jolies, voire de belles. Et sans doute le suis-je, bien que mon miroir ait tendance à ne pas me dire la même chose que ceux qui me regardent. Et je crois que si mon miroir ne me dit pas la même chose, c’est parce que je ne veux surtout pas disposer d’une supériorité quelconque et issue d’une simple chance génétique, sans rapport avec mon travail, ma relation aux autres ou ma façon d’être au monde.

Tu me diras alors que ces trois derniers postulats sont eux-mêmes fortement conditionnés par l’apparence physique. Je répondrai que tu as sans doute raison, et que le poids de celle-ci n’est pas forcément moindre lorsqu’on remplit les conditions esthétiques consensuellement reconnues comme des critères de beauté. Et que de porter comme signe distinctif celui d’appartenir à la catégorie des « beaux » implique forcément une posture adéquate par le « chanceux », ou, en l’occurrence, la bénéficiaire.

Bien sûr, je n’aurais pas préféré être laide, ni grosse, ni difforme. Evidemment, il est plaisant de reconnaître en l’autre le fait que notre physique ne lui est pas déplaisant. Mais ce n’est pas aussi simple. D’abord, parce que cette apparence physique, il m’a fallu l’accepter. Et pour cela il m’a bien fallu 30 ans. C’est à dire la reconnaître comme étant telle, sans pour autant craindre que le fait de l’admettre soit perçu comme une forme de velléité, de supériorité, de pédanterie, de ma part. Dire « oui, je suis belle », ça implique forcément la comparaison, et le reconnaître face à un interlocuteur, c’est souvent l’impliquer dans celle-ci. Ensuite, parce que mon être doit faire ses preuves, un peu dans le sens contraire de celui qui est disgracieux. Ce que j’entends par là, c’est que mon rapport aux autres doit être souvent une preuve que mon apparence ne m’avantage pas, et que mes compétences dans le domaine évoqué n’en sont pas affectées. Enfin, il arrive sporadiquement que mes relations soient biaisées par un rapport de séduction que je voudrais moindre. D’autant plus lors qu’il s’agit de ma sphère amicale!

La beauté, à mon sens, laisse tout sauf indifférent. Elle attire, elle blesse, elle charme, elle est jalousée, et il est bien rare qu’on l’outrepasse à sa première rencontre. L’effort sera donc à faire par la « chanceuse »/le bénéficiaire pour que l’autre ne se sente ni en danger, ni ne tombe amoureux, ni ne fantasme, mais, simplement, s’intéresse à son discours.

 

 

Je te laisse,  ami lecteur, avec ces quelques phrases, glanées parmi d’autres, au gré d’échanges…

« Tu es belle, vis avec ça, mais surtout ignore le, surtout quand les autres te le rappellent. »

« Regarde celle-là : elle est belle et elle le sait, ça se voit (cette …). »

« Vas-y, fais la belle, ne me réponds pas. »

 

 

19 septembre, 2013 à 20 h 37 min | Commentaires (11) | Permalien


123456...17